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Ecolier de la revanche (1870 - 1920)

par Françoise POTTIER-BECHET, membre de l'Association

Françoise POTTIER est ancien professeur agrégé d'histoire au Lycée Blaise Pascal

Présentation du sujet

Lecture:
la dernière classe
(Alphonse Daudet - les contes du Lundi )

     Texte fictif correspondant à une réalité de 1873 : les petits alsaciens-lorrains, ces écoliers qui écoutent M. Hamel deviendront allemands, les petits écoliers français qui liront ce texte, influencés aussi par des images telles que celles de Hansi, influencés par des romans, des manuels scolaires livres de lecture comme Le tour de France de deux enfants ou manuels d’histoire comme le petit Lavisse imprégnés de patriotisme par le souvenir des gloires militaires passées, devenus bons citoyens patriotes, formés en tant que conscrits, voudront restaurer La grande France face à l’Empire allemand, après la défaite, l’invasion et l’occupation de 1870-71.

Pour rappel :
  • 2 septembre 1870 désastre de Sedan, capitulation de l’Empereur, déchéance de l’empire.
  • 4 septembre 1870: proclamation du gouvernement provisoire de la République, puis invasion et occupation de la France, avant l’armistice et la paix de 1871.

     Très tôt se forme une génération de la Revanche, ces écoliers en feront partie. Mais très vite l’institution scolaire allait entretenir un revanchisme profond par patriotisme mais aussi, face à un nouvel empire, l’Empire allemand, par républicanisme.
L’écolier va ainsi devenir une variable ajustable pour promouvoir un Etat-Nation unifié rompant avec les petites unités régionales, provinciales, culturelles et leurs traditions aussi bien dans les mesures que dans les unités de compte (ne dit-on pas encore Louis en parlant du franc-or ?) et surtout dans la langue du quotidien avec le patois.


La caserne Gribeauval, qui deviendra le site de notre Lycée Blaise Pascal

     L’écolier n’est peut-être pas aussi revanchard qu’on peut le supposer, mais il est porteur d’un espoir nouveau dans une France nouvelle, qui a connu en peu de temps deux républiques, deux royautés, deux empires.


Photo de classe au Lycée Blaise Pascal

I Les permanences dans la vie de l’écolier de la revanche

II Un écolier influencé par son époque

Si l’école est la fabrique de la Nation et Lavisse le Pape de l’histoire, de 1870 aux années 20 plusieurs générations d’écoliers se succèdent, les intérêts politiques changent jusqu’aux années proches de la guerre que les historiens appellent les années de la montée des périls, années où les petits écoliers sont à nouveau poussés vers la revanche.
Il convient donc de voir les changements avant de comprendre leur influence sur les enfants.

Pour conclure


Dans les années 20, ces enfants qui deviendront des adultes sont marqués par les deuils. Un nouveau monument avec de nouvelles solennités républicaines trône sur la place du village : le Monument aux morts avec la célébration du 11 novembre.
Aux deuils, aux orphelins, pupilles de la Nation, s’ajoute la vision des mutilés. Marcelle Lerouge dans son journal d’une adolescente en guerre, en mars 1915, écrit :
        « On rencontre à Paris et aussi à Bois-Colombes de nombreux blessés qui ont perdu un bras ou une jambe. C’est fort triste, pauvres soldats ».
Louise Weiss, le 6 octobre 1916, ne va pas au lycée, son père veut qu’elle assiste à l’arrivée d’un train de blessés :
        « A la gare des Brotteaux, mon père recevait les rapatriés d’Allemagne, grands blessés sanitaires; il présidait et faisait un discours. A l’arrivée du train pavoisé, je sanglotais. »
« Sortir de la guerre, (comme l’écrit Manon Pignot dans son brillant ouvrage Allons enfants de la Patrie) c’était sortir de l’enfance ».

C’était comme pour les adultes être confronté à une terrible réalité. Ecole, cérémonies de commémoration, se veulent respectueuses du sacrifice des soldats, mais ne veulent plus jamais cela et font aux jeunes en 1925 une injonction mémorielle patriotique mais aussi pacifiste par une chanson (paroles de Léo Lelièvre, musique de Paul Dalbret)

Ne jouez plus aux soldats

Ne joue pas au soldat, mon cher petit bonhomme
Les sabres et les fusils ne sont pas des jouets
Il faut que les enfants dans leur jeunesse apprennent
A chérir leur pays, à défendre leur honneur
Mais ne leur inculquez pas des sentiments de haine
La guerre et les combats devraient leur faire horreur !
Pour que ce drame affreux ne recommence pas
Et pour que la bonté sur le monde renaisse
Il ne faut plus jamais s’amuser au soldat.
Le 28 juin 1919 était signé le traité de Versailles dans la Galerie des glaces, tout un symbole y compris la date: celle de l’attentat de Sarajevo à l’origine de la grande Guerre. Les vaincus allemands devant des clauses très dures le traitèrent de diktat. La revanche avait changé de camp. La guerre mondiale de 14-18 avait fait 10 millions de morts, celle de la revanche nazie 39-45 en fera 50 millions.

    

(Conférence proncée le 18 mai2018)

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